SILENCE! ON MEURT…
Caroline LAURENT
Quatre millions de mort? Cinq millions? ( vous visualisez?)
“Qu’importent ” les diverses estimations, le pire est déjà arrivé en république démocratique du Congo.Le prix payé par la population civile congolaise, monstrueux. Et le silence qui entoure ce drame, assourdissant depuis trop longtemps. En RDC, cela fait plus de dix ans, en effet, presque au lendemain du génocide rwandais, que l’Est de ce pays si riche en ressources minières et diamantaires, qui attise convoitises régionales et internationales, sombre inexorablement dans la barbarie. Vertigineuse et sordide comptabilité quand on ajoute, aux millions de morts, 1.600.000 déplacés. Et plusieurs centaines de milliers de femmes, de fillettes, de grand’mères torturées, violées, contaminées par le VIH, et enlevées pour être réduites à l’état d’esclaves sexuelles par les diverses milices qui s’affrontent.
Et que fait-on pour elles? A part les ONG, rien. Ou si peu malgré quelques sommets de conciliation médiatisés sans lendemain.
Quant à la MONUC [ force de maintien de l'ONU] déployée dans la région et chargée, en principe, de protéger les civils, elle est déjà pointée du doigt par certains pour non-assistance à personne en danger. “Plus jamais un autre Rwanda”, scandent en choeur les sempiternels indignés de la diplomatie internationale! Mais quatre millions de morts dans la population civile congolaise, c’est déjà quatre fois un “nouveau Rwanda”.
Que faut-il alors de plus que cette absolue terreur pour que la guerre en RDC – car il s’agit d’une guerre, pas d’un simple conflit ethnique, avec des enjeux stratégiques, politiques et économiques régionaux et internationaux – mérite enfin une vraie mobilisation comme ce fut le cas avec le drame humanitaire du Darfour?
Je me souviens de BASEME, rencontrée en 2003 à GOMA dans le centre médical de l’ONG congolaise AllAfrica*, spécialisée dans la chirurgie gynécologique réparatrice. Ses agresseurs lui avaient crevé les yeux pour qu’elle ne puisse pas les identifier. L’adolescente voulait que son témoignage serve à “quelque chose”, persuadée que le sort cauchemardesque des femmes congolaises, toutes ethnies confondues, laissait indifférents les “pays puissants”.
Aux dernières nouvelles, BASEME agonisait du sida, à 22 ans, sur un lit d’hôpital. Ceux qui l’ont martyrisée en 2003 continuent de violer et d’assassiner d’autres gamines dans le Kivu.
Chaque jour… En toute impunité.
Il sera difficile, le moment venu, de plaider qu’”on ne savait pas”.
*www.healafrica.org,
*www.msf.fr
*www.hrw.org
Femme cruxifiée. Interprétation de Daud Avendauth
Depuis, une mesure importante par sa signification, [peu crédible par son manque de moyen d'exécution sur le terrain], a été ordonnée par le tribunal de La Haye, contre le Président de la RDC, pour manquements à ses devoirs et pour génocide. Ce qui à l’air de l’amuser fortement pour l’instant.
L’essentiel étant de ne plus tolérer à l’avenir la conduite hors normes de dirigeants détruisant leurs richesses humaines, ainsi que le détournement des biens de leur pays à leurs profits.















