OUTLAND BIENTÔT l MILLIARD DE MIGRANTS.
Texte de Paul VIRILLO, qui travaille depuis longtemps sur la vitesse et la réduction du monde.
Voir TERRE NATALE (Jusqu’au 15 Mars) à la Fondation Cartier, Paris où il y expose, avec Raymond Depardon.
“Stop Eject”
Selon un rapport publié en 2007 par l’ONG britannique Christian Aid, on estime à près de l milliard le nombre des futurs migrants de l’environnement.
D’après ce document, 645 millions de personnes devraient, d’ici une quarantaine d’années, se déplacer à cause des grands projets – l’exploitation minière intensive où la construction de barrages hydroélectriques – , 250 millions en raison de phénomènes de réchauffement climatique, d’innondation où de submersion du sol littoral, et enfin 50 millions au moins pour fuir les conflits engendrés par ces bouleversements catastrophiques du repeuplement démographiques de la planète.
Crise migratoire sans précédent, incomparablement plus grave que l’immigration de l’age industriel, et que certains dénomment l’offensive migratoire du lllè millénaire, la question de l’urbanisation du monde contemporain se trouve posée en des termes qui remettent en cause la distinction classique entre SEDENTARITE et NOMADISME. Remettant en question la GEOPOLITIQUE du peuplement de l’age de la mondialisation.
Et cela à l’instant précis où, grâce aux télétechnologies de l’information, le sédentaire demeure partout chez lui et le nomade nulle part, en dehors de l’hébergement provisoire d’une transhumance désormais sans but, non seulement entre les divers pays, mais au sein d’une même patrie et d’un territoire où les camps de réfugiés succèdent non pas aux BIDONVILLES de naguère, mais aux VILLES; la mégalopole des exclus de tout bord venant concurrencer celle, bien réelle des inclus de l’OUTRE VILLE.
L’exotisme du malheur venant ainsi à la rencontre de celui du bonheur touristique, on imagine aisément l’ampleur du téléscopage de ces populations désarrimées de leur urbanité, comme hier de leur ruralité coutumière, et l’accident d’une circulation devenue globale et non plus locale, comme jadis, à l’époque des grandes invasions [...]
Après le stationnement “durable” du peuplement de l’histoire du passé, la circulation “habitable” ouvre de vertigineuse perspectives en matière de repeuplement planétaire.
Ayant perdu son hinterland rural, après ses faubourgs, la METACITE de demain ne résistera pas très longtemps encore à la pression démographique de l’OUTLAND, à l’exode d’un peuplement sans espoir de retour à la sédentarité de la ville libre de ses origine.
On imagine mal, en effet, l’avenir radieux du “développement durable” devant ce CHARIVARI de moyens de communication et de télécommunication, progressistes certes, mais bien incapable de faire face à la tragédie transpolitique de l’écologie. A l’effet de serre atmosphérique du climat terrestre, comme à celui dromosphérique de l’exode massif des foules. désoeuvrées.
Ici, ce n’est donc plus l’INSTANT.CITY des futuristes anglais qui s’impose à l’esprit des bâtisseurs, mais plutôt le NON STOP CIRCUS, la croisière au long cours des exilés de l’externalisation. “Guerre de tous contre tous“, ultime figure d’une sorte de guerre civile de mouvement qui succèderait ainsi à l’ancestrale guerre de siège de la commune où des banlieues défavorisées. De fait, nous assistons là, au début de ce lllè millénaire, à l’émergence d’une forme absolument inconnue d’exterritorialisation du potentiel humain susceptible d’interdire bientôt toute possibilité d’un quelconque potentiel urbain, qui déboucherait cette fois sur une forme nouvelle, d’EX.CENTRICITE où la quête d’une EXOPLANETE, d’un OUTRE.MONDE de substitution à l’ancien trop pollué, se doublerait ici bas de celle de l’OUTRE.VILLE, sorte de plate forme logistique dont l’aéroport, après le port et la gare, n’est jamais que le modèle réduit.
Faisant ainsi l’impasse sur le droit du sol et de la géopolitique comme sur la persistance historique des sites, la révolution de l’emport viendrait parachever celle des transports, la révolution des transmissions aboutissant à ce PLANISPHERE interactif susceptible, nous dit-on, de suppléer à la trop étroite BIOSPHERE et à ses cinq continents, grâce aux perfomances informatiques d’un continent virtuel celui-là, la grande colonie cybernétique succédant aux empires de jadis.














